Intelligence collective  : opter pour la "démocratie concertative"

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Dominique Schmauch et Stéphane Malka sont intervenus dans le cadre des Défis du dirigeant.
Dominique Schmauch et Stéphane Malka sont intervenus dans le cadre des "Défis du dirigeant". (Crédits : Laurent Cerino/ADE)
Les entreprises trouveraient grand bénéfice à se pencher sur le fonctionnement du cerveau et en tirer des leçons pour optimiser leur propre fonctionnement. Favorisant de fait l'intelligence collective. Tel était le thème de la conférence-débat proposée le 18 mars par emlyon business school et Acteurs de l'économie- La Tribune, troisième conférence du cycle baptisé « Les défis du dirigeant » et animée par Bernard Jacquand.

Notre cerveau, et ses formidables réseaux de neurones, fonctionne par association d'images. Par voie biochimique et selon les milliers d'images qu'il reçoit toutes les 100 millisecondes, il interagit, rallongeant, déplaçant ou même passant à la trappe des neurones. La précieuse plasticité du cerveau passe par ces mécanismes d'interactions.

"Or le monde de l'entreprise fonctionne de manière analytique, allant du particulier au général. Nous ne savons pas interagir. Notre approche demeure individuelle plutôt que collective. Nous utilisons très mal notre tête", considère Dominique Schmauch.

Dominique Schmauch

Dominique Schmauch, Intervenant Programme AMP (Advanced Management Programme), emlyon Executive Development (Crédit : Laurent Cerino/ADE)

Agronome, mathématicien, psychanalyste, professeur - il intervient notamment au sein du programme AMP d'emlyon business school, partenaire de la conférence-débat organisée ce 18 mars -, il illustre ainsi cette réalité cérébrale :

"Introduisez un "visiteur" dans un groupe déjà formé et tout le fonctionnement du groupe s'en trouvera modifié. En réalité, dès qu'on se regarde l'un l'autre, via les neurones miroirs, des modifications cérébrales s'opèrent."

Système réticulaire

Quelles leçons concrètes un dirigeant peut-il tirer de cette vision proposée par les neurosciences ? Il lui faut déjà admettre qu'il évolue dans un univers passablement bouleversé par la mondialisation. Et surtout par la révolution numérique, qui décoiffe les organisations comme les individus. L'individu se dissout dorénavant dans l'hypermédia, la quantité de savoirs disponibles doublant tous les 18 mois.

Dans ce contexte de "quatrième révolution de l'humanité, après le langage, l'écriture, l'impression" selon Dominique Schmauch, il est urgent pour les entreprises de déconstruire les organisations linéaires, pyramidales, désormais obsolètes. Et de leur préférer les organisations en réseaux (on parle alors, comme dans notre cerveau, de « système réticulaire »). Et de se poser une question fondamentale : comment apprenons nous ensemble ?

Lire aussi : Quand l'individualisme nous échappe, le collectif doit renaître

"En vous écoutant, je viens de comprendre comment nous avons créé Alliance", s'émerveille Stéphane Malka. Longtemps DRH, il est à présent directeur « Développement et relations extérieures » d'Alliance, un réseau inter-entreprises fondé voilà six ans autour de quatre grands groupes, trois dans la pharmacie et un dans l'industrie, ainsi que la MDEF, un acteur institutionnel mobilisé sur les enjeux d'emploi au niveau territorial .

"Nous voyions des salariés bloqués dans leur parcours professionnel, refusant de plus en plus la mobilité géographique et ayant de moins en moins d'opportunités de mobilité fonctionnelle. Ils avaient besoin de respirer, de trouver d'autres terrains de jeux."

Stéphane Malka

Stéphane Malka (au premier plan), Directeur développement et relations extérieures du réseau Alliance (Crédit : Laurent Cerino/ADE)

Success-stories

Pour dégager ces espaces de "respiration", Alliance imagine de proposer à des volontaires d'effectuer une mission courte dans une autre entreprise du réseau. Ils s'enrichissent ainsi d'autres pratiques professionnelles et peuvent ensuite mettre à profit ces nouvelles expériences dans leur entreprise. Au début, seule une petite dizaine se laisse séduire. "C'est peu, mais nous avons connu de vraies success-stories", se rappelle Stéphane Malka.

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(Crédit : Laurent Cerino/ADE)

Alliance, tout comme notre cerveau, se coconstruit au fil du temps, les partenaires apprenant ensemble. Aujourd'hui le réseau réunit onze entreprises ; 400 personnes environ ont bénéficié des dispositifs qu'il propose, véritables boosters d'innovation en termes d'employabilité. Des communautés de pratiques et d'échanges d'expérience ont émergé. Un système de bourse de compétences a vu le jour permettant à qui le veut parmi les salariés du réseau, de mettre gratuitement son expertise à disposition d'une autre entreprise.

Mise en expérience

S'ouvrant ensuite au territoire, le système s'est rapproché des startups via l'Alliance Business Academy.

"Ce modèle est gagnant-gagnant, car les salariés découvrent ce qu'est l'entrepreneuriat en contribuant "réellement" à la structuration du business d'une startup. Plus généralement, Alliance se développe très fortement, car il offre des opportunités de "mise en expérience", favorisant le développement professionnel de chacun", constate Stéphane Malka.

Voilà un bel exemple d'intelligence collective. Ceci demande néanmoins une minutieuse préparation sur le terrain et des valeurs fortes : la confiance, le respect, la subsidiarité. Dominique Schmauch souligne lui l'importance du souci de soi, de la gouvernance, de la culture du don, de la cohésion.

Défis du dirigeant-2

(Crédit : Laurent Cerino/ADE)

Il n'y a pas d'autorité supérieure dans le cerveau. Ce constat appliqué au monde de l'entreprise aboutit à la "libération" des structures, concept aujourd'hui presque trop marketé selon Dominique Schmauch, qui préfère évoquer la notion de "démocratie concertative": fin des hiérarchies, abandon des fonctions support, les groupes de compétences réagissant en fonction des besoins, etc.

"Cela demande en réalité de passer beaucoup de temps pour élaborer des règles et ensuite les déconstruire. Tout comme le fait notre cerveau."

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a écrit le 21/03/2016 à 21:41 :
Bonjour et merci pour cet article qui fait écho. C'est vrai que les neurosciences devraient s'inviter davantage en entreprise. Et pas seulement dans les seminaires destinés à la force de vente ! Prendre conscience des mécanismes de décision, des biais cognitifs, du rôle pas toujours profitable de "l'expérience", cela mérite quelques détours loin des "tableaux de bord".
J'interviens en Conseil et Formation dans les pratiques visuelles dont le mind mapping. Les participants expriment souvent cette chance d'aborder en formation, et dans le cadre de l'acquisition dune methode, le fonctionnement du cerveau. Avec la conscience de ce qui facilite ou complexifie sa tâche, ils pilôtent plus a l'énergie, à la fluidité. De cette approche ils retirent en général plus d'attention portée au processus et à certains détails, et pas seulement au résultat et sa cascade de causalités supposées et recontruites après coup. Au plaisir d'en discuter.

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