Le travail, un instrument du bonheur

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(Crédits : Laurent Cerino/ADE)
Le bonheur peut-il se vivre dans la sphère professionnelle, le travail, où nous passons près d'un tiers de notre vie ? Doit-il obligatoirement être exclu de cette activité ? Ne pourrait-on pas réconcilier bonheur et travail via de nouvelles pratiques entrepreneuriales ? À l'occasion de la 5e conférence-débat du cycle "Philosophie et Management", organisée par l'IAE Lyon et Acteurs de l'économie-La Tribune, Anne-Sophie Panseri, présidente de Maviflex, et Thierry Ménissier, professeur de philosophie, ont échangé leurs points de vue sur ces questions, entre retours d'expériences et réflexions philosophiques.

La question du bonheur, au cœur de la 5e conférence du cycle "Philosophie et Management", organisée par l'IAE Lyon et Acteurs de l'économie-La Tribune, et animée par Bernard Jacquand, ce vendredi 22 janvier, reste personnelle et relative. Chacun place le curseur à son propre niveau.

"Tout homme désire être heureux" souligne Thierry Ménissier, professeur de philosophie des Universités, rappelant la formule d'Aristote qui voyait le bonheur comme une satisfaction matérielle et spirituelle. Mais au fil du temps, sous l'influence du libéralisme, le champ d'application du bonheur s'est restreint, excluant de fait le travail, un acte qui regroupe un maximum de contraintes matérielles et sociales, domination comprise.

Lire les propos introductifs de la conférence par Thierry Ménissier.

"Paradoxalement, nos sociétés modernes ont fait du travail un élément de la réalisation de soi. Il suffit d'être confronté au chômage pour mesurer combien le travail est essentiel. Cet élément peu plaisant, source de souffrance, contribue donc, dans une contradiction devenue difficile à assumer, au bonheur", explique le philosophe.

Anne-Sophie Panseri

Anne-Sophie Panseri, présidente de Maviflex (crédit : Laurent Cerino/ADE)

Car l'emploi salarié connaît une crise profonde. Évolution des cadres, mutations technologiques, accès à l'information démultiplié, changement des contours du métier de manager... Autant d'éléments qui impliquent "une obligation de prêter attention à la qualité de vie au travail de nos collaborateurs. C'est désormais un pré-requis dans la fonction de dirigeant", estime Anne-Sophie Panseri, présidente de Maviflex.

Innovation entrepreneuriale

C'est en effet de l'innovation entrepreneuriale, afin de redonner du sens au management quotidien, que naît cette forme de bonheur au travail. "L'exemple vient souvent d'en haut et de l'énergie du chef d'entreprise", souligne Thierry Ménissier. Un chef d'entreprise qui doit déployer son talent et son charme - dans le sens de sa capacité à donner le mouvement - pour donner envie de le suivre et de s'impliquer.

"Dans la démarche d'innovation, nous incitons les dirigeants à aller chercher dans les hobbies et les réalisations de leurs employés. En redynamisant les collectifs, en changeant les points de vue, il n'est pas rare de s'apercevoir qu'un moins gradé est capable de mener un collectif", indique le professeur, par ailleurs co-directeur d'un master en management de l'innovation.

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Thierry Ménissier, professeur de philosophie (crédit : Laurent Cerino/ADE).

C'est le principe choisi par Anne-Sophie Panseri qui a cassé les cloisonnements inter-service en réorganisant son projet d'entreprise de façon collective et transverse.

"Chaque projet est suivi par un chef qui n'est pas dans le service de la décision. C'est intéressant d'enrichir son point de vue par des avis extérieurs mais internes à l'entreprise. D'autant que la réalisation de soi doit se faire à tous les postes, surtout aux échelons non-qualifiés."

C'est pourquoi la formation continue est essentielle : "Elle permet de monter en compétence et plus on monte, plus on a envie d'apprendre," explique la dirigeante.

Indicateurs positifs

C'est ainsi que la présidente de Maviflex a amélioré sa rentabilité en favorisant la flexibilité des horaires ou en travaillant sur l'absentéisme.

"La balise a sauté entre la vie privée et la vie professionnelle. Il faut aussi accompagner ses collaborateurs dans des domaines privés. S'ils ne sont pas bien, il y a incidence directe dans l'épanouissement au travail et donc dans la productivité", poursuit Anne-Sophie Panséri.

Elle indique avoir gagné 170 jours de travail annuel rien qu'en incitant les collaborateurs qui ont un enfant malade à revenir dans la journée - ils n'osaient pas le faire - ou en fermant l'entreprise à 18h30, obligeant les collaborateurs à quitter le bureau. "Quand on revient le matin après s'être intéressé à autre chose, on est pleins d'idées pour l'entreprise", explique-t-elle, elle-même impliquée dans de multiples mouvements associatifs.

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En entreprise, "la réalisation de soi doit se faire à tous les postes" déclare Anne-Sophie Panseri (crédit : Laurent Cerino/ADE)

Au-delà de la performance de son entreprise, son meilleur indicateur reste le retour d'anciens collaborateurs partis sous d'autres cieux.

"J'ai deux commerciaux qui sont partis pour gagner 50 % de plus que chez Maviflex. Après 2 années et demie d'absence, ils veulent se repositionner dans la liste pour réintégrer notre entreprise et son équilibre entre vie privée et vie professionnelle. C'est pour moi le signe que nos valeurs sont fortes. Et c'est un vrai moment de bonheur à vivre", s'enthousiasme la présidente.

Alors, heureux au travail ?

Certes, Maviflex n'a pas toujours été dans une phase de croissance. L'entreprise industrielle a connu une période difficile pendant laquelle les salariés se sont positionnés comme des "guerriers", se mobilisant pour redresser la barre.

"La dureté des choses est intéressante. La stimulation du conflit peut se transformer en situation positive. Je ne sais pas si je suis heureux dans ces moments difficiles, mais cela signifie au moins que je suis à ma place", analyse Thierry Ménissier.

Thierry Ménissier

"Nos sociétés modernes ont fait du travail un élément de la réalisation de soi", estime Thierry Ménissier (crédit : Laurent Cerino/ADE)

L'action, la recherche de solutions et de bonnes pratiques, la place et le sens que l'on donne à l'humain dans l'entreprise peuvent redonner le goût du bonheur, et réconcilier les hommes avec le travail.

"C'est une victoire du gagnant/gagnant. Dans cette sphère globale, il y a de nombreux moments où l'on est heureux", conclut Anne-Sophie Panseri.

Retrouvez l'intégralité de cette conférence avec notre partenaire :

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