[TUP 2015] La Cop 21 à travers le prisme de la spiritualité

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(Crédits : Laurent Cerino/ADE)
Intitulée « COP21, la solution est-elle spirituelle ? », la 6e conférence du cycle Tout un programme 2015, initié par Acteurs de l’économie, en partenariat avec La Tribune, TLM et 8 Mont Blanc, s’est tenue le 1er décembre, à l’Université catholoqiue de Lyon, en partenariat avec RCF. Animé par Philippe Lansac, elle réunissait Haim Korsia, Grand Rabbin de France, Aexl Kahn, généticien, et Mgr Philippe Barbarin, cardinal, archevêque de Lyon. A l’aune de leurs croyances et de leurs convictions, ils ont tenté d’envisager les grands enjeux environnementaux à travers le prisme de la spiritualité. Non sans érudition et force malice, parfois.

Réunis le 1er décembre à l'Université Catholique de Lyon, à l'invitation d'Acteurs de l'économie dans le cadre du cycle de conférences Tout un Programme 2015, Mgr Philippe Barbarin, archevêque de Lyon, Haïm Korsia Grand Rabbin de France, et Axel Kahn, généticien aimant à proclamer son "agnosticisme d'airain" ont ensemble envisagé les solutions spirituelles à apporter aux grands problèmes environnementaux, sous la houlette de Philippe Lansac.

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Mgr Phillippe Barbarin, entre Haïm Korsia (de dos), et Axel Kahn (crédit : Laurent Cerino/ADE)

Tous trois ont rivalisé de citations extraites de la Bible, de la Torah, de psaumes, de paroles de rabbins fameux, de la dernière encyclique du Pape François, Laudato si. Parfois avec malice :  "Il a préparé les mêmes antisèches que moi", lance le grand rabbin à son voisin archevêque. Et il fait rire l'auditoire en affirmant que le judaïsme, religion millénaire, s'est montré précurseur en matière d'écologie :

« Je note toutes ces difficultés pour instituer une journée sans voiture. Les Juifs ont 52 jours par an sans voitures, c'est shabbat !"

L'Homme et la nature

Parmi les thèmes abordés, celui du rapport de l'Homme à la nature et ce qu'en disent les textes sacrés. Tout est dans la Genèse et la lecture qu'on doit en faire.

"Est-il dit que Dieu a donné la Terre à l'Homme pour qu'il la soumette ? Non, l'Homme doit cultiver la Terre, la garder, l'honorer. Tout cela nous a été donné, nous en sommes responsables », décrypte Mgr Philippe Barbarin.

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Axel Kahn, généticien (crédit : Laurent Cerino/ADE)

Axel Kahn, qui avoue avoir la Bible comme livre de chevet, est d'accord sur cette lecture de la Genèse :

"Dieu donne la Terre à l'Homme en usufruit. Mais pour moi, la question essentielle que l'Homme doit se poser est "Pourquoi suis-je là ?" Nous sommes responsables de ce que nous faisons de la Terre, non seulement vis-à-vis de nos contemporains, mais surtout vis-à-vis de ceux qui ne sont pas encore nés ».

Moment de poésie

Cette conception rencontre l'assentiment du Grand Rabbin, Haïm Korsia, pour qui

"L'Homme n'a pas le droit de dominer la Terre mais doit l'utiliser, la conserver. Et avec l'Arche de Noé, Dieu a bien sauvé la biodiversité."

Il affirme toutefois que l'Homme demeure supérieur à l'animal - "Attention à ne pas idolâtrer Gaia" - est contestée par le scientifique :

"Nous sommes responsables de la nature, mais pas supérieurs à elle, ou à l'animal.".

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Mgr Philippe Barbarin, archevêque de Lyon (crédit : Laurent Cerino/ADE)

L'archevêque , à son tour, se montre poétique :

"J'aimerais tellement que Dieu me montre ma responsabilité vis-à-vis de toutes ces créatures différentes. Notre mission n'est-elle pas de leur permettre de chanter Dieu ?"

Le progrès remis en question

Responsabilité par rapport à notre planète, responsabilité vis-à-vis des générations futures conduisent les intervenants à évoquer la notion de progrès. N'est-ce pas cette course au progrès, follement accélérée ces dernières années, qui menace la Terre ? Le progrès est-il la condition du bonheur de l'Homme ? Faut-il alors choisir la décroissance ?

Bien des réponses se trouvent dans l'Encyclique du Pape François de mai 2015, Laudato si, justement intitulée Sauvegarde de la maison commune.

"Ce texte est renversant, car il nomme les forces dangereuses pour la nature. Nous avons une conception erronée du progrès qui serait le garant du bonheur de l'humanité. Je crois au progrès à condition qu'il favorise l'épanouissement de tous et surtout des générations futures", affirme avec force Axel Kahn.

De son côté, Mgr Barbarin souligne :

"L'idée de progrès est polluée, car nous ne la voyons que sous un angle quantitatif, si il y a "plus", il y a progrès. Or le Pape le dit bien, le "moins" peut être synonyme de progrès."

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Haïm Korsia, Grand Rabbin de France (crédit : Laurent Cerino/ADE)

Le grand rabbin introduit une once de pragmatisme :

"le souci de l'environnement ne doit pas nous faire oublier qu'il faut produire, nourrir. Prenons en compte la pensée, l'espérance et le réalisme. Nous pouvons avancer autrement, avec de l'intelligence, en valorisant l'innovation."

Les enjeux de la Cop 21

Mettant sous les projecteurs la fragilité de l'humanité sur sa planète, la COP21, pour Haïm Korsia, nous rend plus forts : parce que nous sommes perfectibles, elle nous oblige à avancer. Et de décrire l'enjeu de cette réunion au sommet :

"Il faut tout faire comme si nous allions réussir. On se sent responsable, on peut agir, on change, on avance."

Axel Kahn poursuit :

"Cette grande réunion a une vertu pédagogique. La clé de son succès sera notre générosité vis à vis des pays émergents qui ont aussi le droit de se développer... tout en respectant la nature", considère Axel Kahn.

Une gageure ? Car notre maison commune brûle, la Terre crie et, assène Philippe Barbarin, citant le Pape François :

"Le cri de la Terre est le même que le cri des pauvres."

 Revivez les meilleurs moments de la conférence en vidéo :

Retrouvez cette émission en podcast sur le site de notre partenaire RCF.

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Commentaires
a écrit le 09/12/2015 à 15:30 :
Bonjour à tous,

Merci aux organisateurs et aux conférenciers.
Néanmoins je reste un peu sur ma faim à l'issue de chacune des conférences auxquelles j'ai pu participer.
Certes "Acteurs de l'Economie" a des contraintes économiques et doit se vendre, mais pour autant le discours d'introduction est toujours un peu trop long.
Ensuite les conférenciers ne sont jamais conduits à définir le sujet dont ils débattent: en l'occurrence il eut été intéressant que les conférenciers définissent leur vision de la Spiritualité.
Enfin peut - être faut il un thème un peu "racoleur" , mais dès lors qu'il est proposé sous forme de question on est quelque peu déçu de ne pas toujours avoir de réponse à la question.
Le Pape François a pourtant répondu: la réponse n'est pas intellectuelle, ni donc strictement spirituelle, elle est comportementale.
Dommage que ce soit "l'agnostique d'airain" et non pas les hommes d'Eglises qui l'ait rappelé au public.
Bravo quand même.

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