Smart city : la ville comme « objet collaboratif »

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(Crédits : Laurent Cerino/ADE)
Dessiner les contours de la ville intelligente et attribuer un rôle à chaque bâtisseur de la cité. Tel a été l'objet de la conférence intitulée « Smart cities : quelles promesses d'efficacité ? », organisée le 18 juin, par Acteurs de l'économie-La Tribune, en partenariat avec le groupe Sogelym- Dixence et Engie, dans le cadre de la semaine de l'innovation. A l'issue de laquelle, chacun des intervenants a appelé à l'invention d'un nouveau modèle urbain, qui replacerait le citoyen-usager au cœur de la ville.

D'emblée, les débats achoppent sur des questions de vocable. Quelle définition donner de la ville intelligente ? Quelles réalités celle-ci recouvre-t-elle ? Quels enjeux engage-t-elle ? Réunis à l'invitation d'Acteurs de l'économie-La Tribune, dans les nouveau locaux de l'Université de Lyon. En partenariat avec le groupe Sogelym Dixence et Engie, dans le cadre de la Semaine de l'innovation, Charles-Édouard Delpierre, Karine Dognin-Sauze, Renaud Gaultier et Benoît Granier ont donné leur vision de la smart city, sous la houlette de Claude Costechareyre.

Pour Renaud Gaultier, entrepreneur, spécialiste des pédagogies liées à l'innovation, « la ville intelligente relève prioritairement d'un projet digital dans un contexte de transition énergétique, socio-culturelle et environnementale qui oblige à s'interroger sur le partage de l'intelligence ».

Renaud Gaultier

 Renaud Gaultier, entrepreneur, spécialiste des pédagogies liées à l'innovation, concepteur et fondateur du programme IDEA (EMLyon, Centrale Lyon). Crédit Photo Laurent Cerino/ADE

Charles-Édouard Delpierre, responsable Territoires intelligents au sein de Cofely Ineo, le rejoint, la smart city voyant « ces métiers qui font la ville, acteurs publics, parapublics et acteurs de l'entreprise, s'immerger dans le numérique ».

Karine Dognin-Sauze, vice-présidente « Innovation, Ville intelligente et Développement numérique » à la Métropole de Lyon, relève, quant à elle, le caractère connecté de la ville intelligente, elle qui crée du lien « entre les réseaux, les données, les citoyens et leur gouvernance. La ville intelligente se doit d'être une plate-forme structurée de services. »

 Les exemples japonais

Et Benoît Granier, doctorant en science politique à l'Institut d'Asie Orientale, de prendre l'exemple des smart cities japonaises, dont il est par ailleurs spécialiste.

« Au Japon coexistent des projets smart d'initiative locale et nationale. Ils suivent des axes parallèles : la promotion de l'innovation et de l'entrepreneuriat au profit du développement des tissus économiques locaux, l'amélioration des services à la personne, en matière de santé notamment, et l'optimisation de la gestion des flux (énergie, trafic, par exemple). »

Benoit Granier

Benoit Granier, doctorant en science politique, institut d'Asie orientale, spécialiste des smart cities japonaises. Crédit photo : Laurent Cerino/ADE

Au total, trois modèles de smart cities semblent émerger : d'un côté, la techno-cité, outillée par et pour les acteurs des nouvelles technologies ; par ailleurs, la ville contributive, prise en main par ses usagers ; enfin, la ville équipée et développée par les collectivités.

 L'avènement du « prosumer »

Ces nouveaux modèles urbains voient émerger un nouveau type d'usager et de citoyen.

« Le "prosumer" pense les conséquences collectives de chacune de ses actions individuelles. L'individualisation à l'œuvre dans la cité retrouve une dimension collective. Les changements de comportements individuels ont un impact sur le bien-être commun », avance Benoît Granier.

« Le citoyen de la ville intelligente revêt des identités multiples, tout à la fois producteur et consommateur de valeurs, de données et de services », pose Renaud Gaultier, par ailleurs Concepteur et fondateur du programme IDEA (EMLYON — Centrale Lyon). Rejoint par Karine Dognin-Sauze, qui reconnaît au « smart citizen » la qualité d'« usager-producteur de la ville » tout en soulignant que « chaque acteur de la ville voit son rôle redéfini et son périmètre d'action, requalifié ».

 La ville, objet collaboratif

« Comment les traditionnels bâtisseurs de la cité, urbanistes et acteurs du BTP, s'emparent-ils des technologies numériques ? », questionne Charles-Édouard Delpierre. L'émergence de la ville intelligente pose comme impérieuse nécessité de penser la cité comme « objet collaboratif résultant des interactions des collectivités, des acteurs économiques et des citoyens. Reste que la question de la gouvernance n'est pas tranchée. »

Charles Edouard Delpierre

Charles Edouard Delpierre, responsable territoires intelligents Cofely Ineo. Crédit photo : Laurent Cerino/ADE

Objet collaboratif, mais aussi marché, insiste Karine Dognin-Sauze, qui impose de créer un nouveau modèle économique urbain. « Tel sera l'objet du prochain chapitre de notre histoire », promet-elle, soulignant le caractère fondamental, dans ce projet, « de la vision politique, seule capable de donner leur place à tous les acteurs. »

Karine Dogin Sauze

Karine Dognin-Sauze, vice présidente métropole de Lyon, innovation, ville intelligente et développement numérique. Crédit Photo : Laurent Cerino/ADE

La ville intelligente permet de réinventer la ville, pour Renaud Gaultier. « L'on redécouvre l'individu et le bien commun », juge-t-il, appelant lui aussi à l'invention d'un nouveau modèle urbain, « après l'effondrement des modèles dirigiste, consumériste et productiviste ». Dans ces nouveaux modèles, « le citoyen-usager doit reprendre la place qui lui revient », pour Karine Dognin-Sauze, comme « seul producteur de valeurs et de sens », pour Renaud Gaultier.

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