Le vertige du transhumanisme

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(Crédits : Laurent Cerino/Acteurs de l'économie)
Débat passionnant mais dérangeant avec cette question posée par Acteurs de l'Economie, dans le cadre de Tout un programme : le progrès, jusqu'où ? Nous vivons en ce moment même une révolution qui dessine pour les décennies à venir un "homme augmenté". Le vertige transhumaniste est bien là.

Encore beaucoup plus que la révolution numérique, les NBIC (nanotechnologies biotechnologies, informatique, et sciences cognitives) sont en train de tout bouleverser car au delà de progrès robotiques, elles métamorphosent l'essence même de l'humain.

« Les NBIC permettent de changer notre destin biologique et ceci de façon exponentielle. C'est du jamais vu dans l'histoire de l'homme. Les NBIC apparaissent comme des outils démiurgiques autorisant des projets démesurés, fous. » Laurent Alexandre, fondateur de Doctissimo puis de DNA Vision cite en exemple : la modification de notre ADN ou de notre génome désormais « accessible pour une poignée de dollars ». Evoquons aussi des implants cérébraux pour soigner la maladie de Parkinson mais qui pourraient prolonger indéfiniment la vie, des nanotechnologies miraculeuses qui préserveront notre santé (et notre performance ?) en sautant la case vieillesse et décrépitude...

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Laurent Alexandre, fondateur de DNA Vision. (Crédits Laurent Cerino)

Outils démiurgiques

« Nous acceptons de façon aveugle toutes ces technologies. Le tsunami numérique est passé sans réflexion préalable, allons nous faire de même avec les NBIC ? Personne n'interroge, ne contredit le rêve transhumaniste, ne cherche à poser des limites à notre pouvoir démiurgique », s'alarme Laurent Alexandre, décrivant avec fougue ce qui est déjà à l'œuvre dans la Silicon Valley et au sein de Google : motivés à l'extrême par ces fabuleuses NBIC, scientifiques et chercheurs - iconoclastes transhumanistes - esquissent déjà les contours d'un homme génétiquement modifié, technologiquement augmenté. « Si on nous propose de vivre 250 ans en bonne santé, nous dirons tous oui. En réalité nous sommes prêts à devenir un homme 2.0 ».

Ne pas diaboliser le progrès

Sous les lustres de la Préfecture du Rhône et devant un auditoire réuni par le Parlement des Entrepreneurs d'Avenir, ce fut ce soir là le tsunami Laurent Alexandre, ce qui donnait quelque fil à retordre à l'animateur Bernard Jacquand.

Franck Debouck, DG de l'Ecole Centrale Lyon constate que ses élèves-ingénieurs font preuve de modération face à cette technologie déchainée : « je ne suis pas si pessimiste quant à notre aveuglement, nos jeunes sont responsables, se posent des questions. Etre ingénieur ne signifie pas s'autoriser à faire n'importe quoi. »

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Franck Debouck, directeur de l'école centrale (Crédits Laurent Cerino)

Evoquant ces MOOC (Massiv Open Online Cours) outil emblématique du progrès technologique - dans le domaine des NTIC toutefois - il décrit : « j'observe moins d'enthousiasme pour les Mooc, les jeunes ont besoin de se voir, d'échanger, l'attente de compagnonnage, d'émotions demeure ». Thierry Magnin, recteur de l'Université Catholique de Lyon, convient que « les excès sont dangereux mais il ne faut pas diaboliser le progrès. S'interroger seulement : nous voulons du progrès pour plus de fonctions ou pour plus d'être ? Toute démarche humaine est ambiguë. »

Amish du 20ème siècle ?

Tous reconnaissent la nécessité d'un questionnement éthique face aux bouleversements vertigineux entrainés par les NBIC. Mais en avons-nous les moyens ? Laurent Alexandre dénonce une France et un continent européen « bioconservateurs » là où Asie et Californie foncent tête baissée dans les projets démiurgiques du transhumanisme.

« Nous ne les convaincrons pas de devenir conservateurs, alors que fait-on ? Acceptons nous d'être déclassés, de devenir les Amish du 20ème siècle, en défendant nos valeurs ? Renonçons nous à nos valeurs ? Comment peser aussi sur ce débat si nous ne sommes pas nous-mêmes acteurs dans ces technologies NBIC ? ». Thierry Magnin tempère : « méfions nous des effets d'annonces fantastiques. Homme augmenté peut-être en terme de performance, de capacités technologiques mais sera-t-il heureux pour autant ? Quelle sera sa dimension humaine ? ». Questions vertigineuses aussi ...

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Thierry Magnin, recteur de l'université catholique de Lyon. (Crédits : Laurent Cerino)

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Commentaires
a écrit le 30/11/2014 à 16:04 :
Le transhumanisme est un lobbie comme un autre : il fait sa publicité avant de passer en force avec un financement massif... L humanité est déjà condamnée.

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