Louis Schweitzer : « J’ai fait mon choix. Celui du progrès »

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©Emmanuel Foudrot
©Emmanuel Foudrot (Crédits : Emmanuel Foudrot)
A la tête d'Initiative France, dispositif de prêts d'honneur dont 17 750 créateurs d'entreprise ont profité en 2011, l'ancien haut fonctionnaire et président de Renault puis de la Halde circonscrit au "projet, professionnel et de vie", la racine commune à "tous les entrepreneurs". La condition de "la liberté".

L'action gouvernementale a été et sera symptomatique de la place que la société dans son ensemble réserve à l'esprit d'entreprendre et aux entrepreneurs. Lequel demeure intrinsèquement et culturellement défaillant… Ce que la campagne électorale, sourde à la cause entrepreneuriale, a cimenté… En matière de soutien à l'entrepreneuriat, quel examen faites-vous du quinquennat qui vient de s'achever ? Qu'espérez-vous concrètement du nouveau gouvernement qui, on l'a constaté avec l'affaissement en 2011 du dispositif Nacre - prêt au profit des chômeurs qui créent leur activité -, devra composer avec une très faible marge de manœuvre budgétaire ?

 

Les grandes entreprises semblent être dans une position favorable. Les problèmes auxquels elles sont confrontées relèvent davantage de la relation et de l'intensité du lien que le pays entretient à leur endroit. La création d'entreprises bénéficie de leviers intéressants, et les très petites sociétés ont pu profiter depuis quelques années de dispositifs simplificateurs opportuns. Entre ces deux extrémités du spectre fonctionnent des petites et moyennes entreprises qui, on le sait trop bien notamment lorsqu'on compare ce tissu à celui d'outre-Rhin, peinent à grandir. Leur nombre, leur taille, leur dynamique exportatrice sont insuffisants. Et elles subissent de lourds problèmes de financement. Sur ce plan, les prochaines années seront cruciales. Ces PME sont aussi en demande d'un environnement législatif, règlementaire, social, stable, auquel le prochain gouvernement devra répondre clairement. Bref, l'effort d'accompagnement et d'incitation à la croissance doit être prioritairement entrepris en faveur de ces PME. Et il doit prendre place dans un discours d'ensemble qui valorise l'entreprise.



Votre prédécesseur à la tête d'Initiative France, Bernard Brunhes, corrélait cette défaillance de croissance des PME au "rejet de management" des patrons. Ce rejet est-il culturel ou découle-t-il seulement de ce même contexte - excès de législation, droit du travail coercitif, déclin de la valeur travail - décourageant ?

 

L'esprit d'entreprendre et l'ambition de croître sont indissociables. Etre entreprenant s'inscrit dans un esprit conquérant, à partir duquel on repousse les limites pour explorer de nouveaux champs. En France, il est exact que cet esprit se contente souvent des satisfactions recueillies au sein du périmètre d'origine. "Mon activité me permet de vivre correctement et de manière pérenne ? C'est suffisant". Ainsi on préfère parfois cette logique à la prise renouvelée de risques. Cela, même si les Français ne sont pas moins aptes que d'autres à cette prise de risques. Encore faut-il un environnement favorable. Et les exemples hors de l'Hexagone ne manquent pas. Ainsi, toujours en Allemagne, l'engagement responsable des grandes entreprises à accompagner les petites entreprises, à faciliter leur croissance, à doper leur dynamique d'exportation, à les sécuriser dans des contrats de moyenne durée, est fécond.



Vous appelez à valoriser l'entreprise pour réveiller l'esprit d'entreprendre. Or, la stigmatisation dont à gauche on frappe régulièrement les "patrons", épinglés sans discernement, est délétère. La campagne électorale l'a une nouvelle fois exposé : le discours a instillé l'amalgame entre Maurice Lévy (Publicis) et le créateur de TPE. L'effort de pédagogie et de responsabilité a été balayé, notamment parce que le ressort individuel - qu'il s'agisse de prise de risque, de responsabilité, d'épanouissement, de mérite de récompense - propre à l'acte d'entreprendre conteste le dogme socialiste de la collectivité et du partage. A quelles conditions peut-on (ré)concilier ces deux fondamentaux ?

 

J'ai dirigé le cabinet du ministre de l'Industrie puis du Premier ministre de 1983 à 1986. Les entrepreneurs le reconnaissent aujourd'hui : ce fut une période de réconciliation de la France avec ses entreprises, parce que le gouvernement avait pris conscience qu'il n'existe pas de réussite sans engagement économique et sans encouragement à favoriser l'esprit d'entreprendre. La modernité prend racine dans la conciliation de la dynamique individuelle et de la réussite collective ; une gauche incapable d'y souscrire serait vouée à l'échec.



Une hécatombe s'est abattue en Italie. Plus d'une vingtaine d'entrepreneurs s'est suicidée, attestant d'une situation générale de cette corporation très fragile. Etre entrepreneur expose dangereusement, aux plans autant financier, familial que psychique. Ce qu'en France on tait, au contraire de la situation comparable des salariés. Deux poids deux mesures ? Comment les responsables des 240 plateformes locales d'Initiative France intègrent-ils concrètement cette condition au moment d'arbitrer les engagements ?

 

L'analyse auprès des salariés révèle que la qualité de leur santé est liée au degré d'autonomie dont ils bénéficient dans leur emploi. Plus ce degré est élevé, plus la perception de l'utilité et du sens de leur travail est grande, mieux ils se portent. L'autonomie étant consubstantielle à l'acte entrepreneurial, les patrons sont épargnés par ce facteur. Ce dont ils souffrent, en revanche, c'est de solitude. Cette solitude, c'est aussi à elle que le dispositif d'Initiative France tente de répondre. Bien sûr, nous ne procédons pas à une analyse psychologique des candidats, et la capacité de conviction constitue un facteur majeur d'éligibilité auprès des (ex) chefs d'entreprises qui composent les comités d'agrément. Mais une fois retenus, ces candidats bénéficient pendant plusieurs années d'un accompagnement formel - par un parrain - ou informel qui vise davantage à juguler ce risque de solitude qu'à résoudre des problématiques techniques. Que le taux de pérennité à trois ans atteigne 85 % contre une moyenne nationale qui plafonne à 60 %, en découle.

 

Cette image contestée des entrepreneurs résulte aussi de la sacralisation individuelle que certains se sont arrogés dans le sillage de médias complices. Peut-on encore faire entendre qu'entreprendre est une œuvre collective ?

 

Plus l'entreprise est de taille importante, plus la réalité collective de l'acte entrepreneurial est prégnante. Toute action y est, par définition, collective. Les dimensions individuelle et collective doivent s'articuler de manière équilibrée. L'une ne va pas sans l'autre. L'inventeur peut être de "génie", s'il ne s'entoure pas de collaborateurs pour mettre en œuvre sa découverte, celle-ci demeure embryonnaire. L'entrepreneur n'est rien sans son équipe, et il donne le meilleur de lui-même lorsque sa relation aux autres, à tous les autres - collaborateurs, actionnaires, concurrents, clients, environnement - est performante. Le collectif c'est avant tout être avec les autres.


Mais être entrepreneur, c'est avant tout prendre en main son destin. Est-il compatible de développer cette appétence au sein d'un Etat-providence qui peine à distinguer l'assistance, capitale, de l'assistanat, délétère ?

 

Je ne vais pas établir de frontière entre assistance et assistanat. Soyons clairs : très peu de gens aspirent à l'assistanat. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, on affirmait que la population rêvait d'assistanat ; à l'époque, la semaine de travail atteignait 48 heures et la France dénombrait moins de 1 % de chômeurs… D'autre part, l'existence d'un filet de sécurité, qu'il soit psychologique, financier ou social, est essentielle pour faciliter la prise de risque. Cette sécurité psychologique permet à l'échec de n'être qu'un accident, et non une tare. Aux Etats-Unis, ce filet de sécurité est, au niveau social, nettement moins développé qu'en France. En revanche il est plus efficace au plan psychologique, simplement parce que l'échec n'est pas considéré comme le signe d'une déficience personnelle.


Vous abordez un point sensible. La résilience, chère au neuropsychiatre Boris Cyrulnik, trouve l'une de ses manifestations les plus exemplaires dans l'acte d'entreprendre. Mais elle est limitée par le mépris, même le rejet culturels de l'échec. Quels progrès peut-on espérer dans ce domaine tant que le système éducatif dès le plus jeune âge entretient un tel esprit ?

 

La situation évolue. Si l'appréhension de l'échec était si défaillante, le nombre de créations d'entreprises ne serait pas aussi élevé. Or, nonobstant le tassement des initiatives autoentrepreneuriales, il demeure à un niveau extraordinaire. Ne dramatisons donc pas. Pendant longtemps, on a associé la situation de chômage à un échec…



… D'ailleurs, en un an, la part que les chômeurs constituent dans le total des entrepreneurs soutenus par Initiative France est passée de 63 à 68 %, 19 % étant sans emploi depuis plus d'un an. Bâtit-on durablement une entreprise lorsqu'on lui donne naissance davantage par réponse que par envie ?

 

Les résultats sont explicites : ces demandeurs d'emploi reconvertis en entrepreneurs connaissent, pour 85 % d'entre eux, le succès. C'est simplement la preuve qu'une fois accompagné, formé, soutenu pour surmonter un échec, chacun est en mesure de riposter. Cela étant, accorder une seconde chance n'est pas naturel dans la mentalité française, et notamment dans celle des banquiers. Dans ce domaine, progresser exige une action constante, suivie, exigeante, vigilante ; c'est la condition pour aider à franchir les obstacles.



Entreprendre, c'est se construire et être autonome grâce à l'acte de bâtir, c'est aussi générer du sens, pour soi et pour les autres. Ce sens que les candidats à l'entrepreneuriat espèrent retrouver après l'avoir perdu dans leur emploi… La dynamique entrepreneuriale est-elle avant tout la réponse à l'incapacité des entreprises de produire du sens ?

 

Mon expérience d'entreprise est celle d'une grande firme, Renault. J'y suis entré comme salarié et l'ai quittée président. J'ai lu tous les livres qui ont retracé l'histoire?de Renault. Qu'y ai-je découvert ? Qu'autrefois, contrairement aux préjugés, les salariés ne demeuraient guère plus d'un an dans l'établissement, l'attachement des ouvriers était faible, la solidarité au sein du corps social était inexistante. Mon arrivée chez Renault intervint peu après l'avènement de Georges Besse à la suite d'une crise majeure. Ce dernier confia alors dans une interview au Monde : "Jamais je n'ai vu autant d'engagements des collaborateurs pour redresser leur entreprise". C'était la réalité. La mobilisation et la foi des salariés étaient impressionnantes, leur volonté d'apprendre et de s'associer au destin de l'entreprise tout aussi remarquable. Elles réclamaient, pour s'exprimer, d'être simplement débridées, affranchies des traditionnels carcans organisationnels ou managériaux. Cela afin de libérer les initiatives, l'envie de progresser, bref le potentiel de chacun. N'oublions pas la capacité naturelle des Français à s'impliquer. J'en veux pour preuve cette période électorale ; 80 % d'entre eux ont voté lors du scrutin présidentiel. Aux Etats-Unis, le taux de participation n'atteint pas la barre des 50 %.



"Nous nous battons pour que l'économie de marché soit accessible au plus grand nombre, qu'elle fasse une part plus grande au capital humain, à la gratuité et à la solidarité, et qu'elle intègre la dimension sociale et sociétale comme une composante intrinsèque du développement et de la réussite des petites entreprises", soutenait en 2011 l'ancien président d'Initiative France, Jean-Pierre Worms. Cette espérance rejoint celle, plus large, qui avait jailli après la crise de 2008. Le monde, la société, nos comportements allaient changer, nous promettait-on. Rien n'est arrivé. "Parce qu'il s'appuie sur des valeurs de solidarité, de confiance, de désintéressement, de gratuité, de respect des personnes, Initiative France est un modèle d'avenir", estimez-vous de votre côté. L'accomplissement de ces valeurs au sein du mouvement n'est-il pas davantage un ilot de résistance, une anecdote dans une société qui n'a jamais été aussi peu solidaire, confiante, désintéressée, gratuite ?

 

Soit on croit à la possibilité du progrès, soit on se résigne. J'ai fait mon choix, celui du progrès. L'Europe et les Etats-Unis furent longtemps un îlot de prospérité dans un monde dominé par la pauvreté et l'absence de liberté. Ce n'est plus la réalité. Partout, de l'Asie à l'Amérique du sud, les écarts se sont réduits. Il faut s'en féliciter. Et ne pas en déduire l'anéantissement programmé de l'Occident. Certes, la période que nous traversons est bousculée, mais la riposte exige au contraire une clairvoyance et une mobilisation accrues.



Il n'y a plus guère d'établissement d'enseignement supérieur qui ne dispose pas de formation à l'entrepreneuriat.?Pourtant, l'état des lieux est inchangé : les jeunes candidats à la création ou à la reprise d'entreprise sont toujours aussi peu nombreux…

 

Il est exact qu'en France, pendant très longtemps, la formation au management et à l'apprentissage a brillé par son absence. C'était vrai dans l'administration?comme dans l'enseignement. Cela résultait de l'idée que l'art du management, l'art de faire savoir, l'art d'enseigner sont innés et ne s'apprennent pas. Heureusement ce dogme n'est plus. Et au-delà du pur management, c'est davantage à l'approche et au traitement des relations humaines qu'il faut désormais sensibiliser. Chaque grand patron a ses caractéristiques : certains sont conquérants, d'autres pédagogues, d'autres encore dans l'empathie… On ne va pas contre sa personnalité, il s'agit simplement d'en tirer le meilleur et de progresser dans les autres domaines.


Initiative France est une réponse à l'insuffisance des fonds propres des entrepreneurs. L'association bénéficie du concours de ces mêmes établissements bancaires frileux à soutenir les entrepreneurs "traditionnels", qu'il s'agisse d'amorçage ou de développement. Cette schizophrénie vous laisse-t-elle stoïque ?

 

La réglementation rend l'octroi de crédits plus difficile. Et le prêt auprès des TPE ne constitue pas une activité très rentable pour les établissements bancaires. L'intervention, à ce niveau, d'associations comme la nôtre répond à la fois au besoin des entrepreneurs et comble ce segment moins prisé des banques. Tout le monde y trouve donc son compte. Et notamment ces banques qui, en accompagnant les dossiers que nous sélectionnons, élargissent leur clientèle sans pour autant mobiliser d'importants moyens endogènes. Plus généralement, les banques ne sont pas hostiles à prêter. Simplement il faut souhaiter que la régulation ne les incite pas à privilégier les activités génératrices de retours sur fonds propres supérieurs aux gains des métiers de prêt.



Dans les colonnes d'Acteurs de l'économie, Maria Nowak (fondatrice de l'Adie) et Claude Alphandéry (France active) se sont affrontés. Enjeu : tout le monde est-il apte à entreprendre ? Estimez-vous, à l'instar de Muhammad Yunus, que "chacun est un entrepreneur en puissance" ?

 

Chacun porte en lui la capacité d'agir, de faire. Après, il lui faut trouver le bon terrain d'expression. Ce peut être la création d'entreprise, mais pas seulement. Personnellement, c'est au sein d'une structure que j'exprime le mieux cette capacité. Et rien n'assure que j'aurais été un entrepreneur individuel performant.


Le développement du microcrédit s'est accompagné de dérives : bénéficiaires endettés, créances insupportables, et même acteurs côtés en bourse. De même, les économistes rappellent que cette économie reste embryonnaire, anecdotique, et peu impactante. Bref, elle est perfectible et demeurera toujours en marge…

 

Initiative France accorde des prêts d'honneur sans intérêt. Le risque de dérive et celui de surendettement sont donc nuls. D'autre part, Initiative France ne concède de prêts qu'une fois la candidature validée par un comité d'agrément qui évalue les compétences et la capacité de réussir du futur patron. Enfin, presque systématiquement ces prêts d'honneur sont couplés à des prêts bancaires, et prennent donc place dans un environnement protecteur. Résultat, le taux de recouvrement des prêts atteint 98 %.



La problématique de proximité caractérise l'action d'Initiative France, tant dans son fonctionnement décentralisé que dans la nature, très locale, des projets accompagnés. Plus d'1,1 milliard d'euros retombent "en pluie fine" dans l'économie des territoires. Cette atomisation n'a d'avenir que si elle mutualise les initiatives et si elle est relayée par de plus importants donneurs d'ordre. Or la culture de la collégialité et de l'agrégation ne caractérise pas la France. Pour preuve, dans votre domaine, ce qui domine est la superposition voire la rivalité des dispositifs : Adie, Initiative France, France active, Réseau entreprendre…

 

Certes, ces dispositifs peuvent parfois être amenés à se croiser, mais pour l'essentiel ils s'adressent à des publics ou poursuivent des objets tous distincts. Au contraire de celle d'Initiative France ou de France active, la clientèle de l'Adie ne franchira normalement pas la porte d'une banque. Réseau entreprendre cible des entreprises moins nombreuses de taille plus importante. Ces quatre associations n'exercent pas le même métier, ne poursuivent pas le même dessein, et n'emploient pas les mêmes outils. Pour autant, personne n'a le monopole d'une activité dès lors qu'elle est universellement utile et que plusieurs acteurs peuvent contribuer à son développement.
En revanche, nous devons résoudre deux écueils. D'une part celui de la notoriété. Celle d'Initiative France est inversement proportionnelle à l'étendue de son action. A la tête de la Halde, je m'étais employé à accroître la notoriété de l'institution afin que chacun, en besoin ou en devoir de le faire, acquière le réflexe de la solliciter. Seconde préoccupation : l'orientation. Tout demandeur d'emploi séduit par un projet de création d'activité doit pouvoir être informé des dispositifs d'accompagnement. Ce que Pôle emploi peine encore à accomplir. Et cela exige des intermédiaires - outre Pôle emploi, les chambres consulaires, les chambres de métiers, les organisations patronales… - qu'ils travaillent en réseau et coordonnent l'information. C'est capital si l'on veut assurer à tous les postulants d'avoir accès à la même information. C'est cela aussi l'égalité des chances…


L'injustice des chances n'épargne effectivement pas les candidats à la création d'entreprise. Les portes s'ouvrent pour certains et demeurent fermées pour d'autres. Mais l'entrepreneuriat peut aussi être un levier d'intégration et le moyen de contourner certaines manifestations discriminantes…

 

Effectivement, lorsque je présidais la Halde j'ai souvent constaté que la création d'entreprise constituait une réponse aux discriminations dont pouvaient être frappés certains en raison notamment de leur origine. Ils étaient libérés de certaines contraintes et disposaient d'une grande capacité de s'exprimer. Pour autant, soyons lucides : il demeure plus facile de créer une entreprise lorsqu'on dispose d'atouts au départ. La création d'entreprise n'est pas un terrain où l'égalité réelle des chances est parfaitement assurée.



Vous avez été fonctionnaire puis avez présidé une entreprise longtemps publique. De cette double expérience, quels enseignements avez-vous extraits de la capacité d'entreprendre, de l'encouragement à entreprendre, de la récompense d'entreprendre ailleurs que dans la création d'entreprise privée ? Corps public et esprit d'entreprendre ne forment-ils pas un oxymore ?

 

Renault était une entreprise publique, mais autant les dirigeants que les salariés savaient qu'ils évoluaient dans un monde de compétition et qu'à ce titre ils étaient responsables de leur avenir. Les services publics se sont eux aussi rendu compte qu'ils n'appartenaient plus à un monde privilégié dominé par la rente et la protection. A l'aune de ce qu'est devenu l'enseignement supérieur, l'opposition entre secteurs protégé et exposé n'est plus. Les frontières se sont effacées. Enfin, n'oublions pas ces innovateurs, ces inventeurs, ces chercheurs immenses qui ont entrepris avec succès dans un cadre public. Qu'ont-ils tous en commun ? Et que partagent-ils avec les entrepreneurs plus traditionnels ? Un projet. Projet professionnel qui se confond avec un projet de vie.



L'organisation et le management dans le public exhortent-ils bien à nourrir puis à accomplir un projet ?

 

Avoir un projet accroît la liberté, car son accomplissement exige une volonté, une détermination, une inventivité farouches pour surmonter les difficultés. Dans l'entreprise publique, ces difficultés ont pour noms donneurs d'ordres, réglementations, etc. Dans l'entreprise privée : banquiers, financement, législation du travail…



Vous affectionnez Tintin. Etait-il un bon entrepreneur ?

 

Hergé fut un grand entrepreneur. Son héros parcourait le monde mais était un être totalement immobile ; il était donc bien davantage entreprenant qu'entrepreneur.

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